Dans sa présentation Didier Jourdan a souligné le fait que l’éducation au développement durable est au cœur des transformations de notre monde. La double prise de conscience de l’existence de questions qu’il convient de prendre en charge à l’échelon mondial (en matière de santé, d’économie, d’environnement…) d’une part et de l’importance cruciale de l’écosystème de vie local des individus et des populations dans leurs conditions de vie d’autre part contribue à orienter les politiques éducatives. Le développement d’une citoyenneté à la fois locale et globale est un enjeu majeur pour l’éducation. L’éducation au développement durable qui permet d’appréhender la complexité du monde dans ses dimensions scientifiques, éthiques et citoyennes est appelée à donner de la cohérence à l’éducation délivrée tout au long de la scolarité des enfants et des jeunes d’aujourd’hui.
En effet, qu’il s’agisse du vivre-ensemble, de l’émergence de modèles économiques soutenables, de lutte contre le changement climatique, de protection de la biodiversité, d’énergie, d’alimentation, de santé, de tri des déchets, de migration, de lutte contre la pauvreté, de bien-être, l’enjeu est rien moins que de préparer les enfants et les jeunes à relever les défis du futur. De plus, s’agissant de problématiques socialement vives, l’éducation au développement durable ne peut prendre toute sa mesure que si les enseignements dispensés trouvent un écho dans l’organisation concrète du cadre de vie ou dans les initiatives locales. Les Nations-Unies ont défini 17 objectifs pour le développement durable, ils constituent la toile de fond de l’éducation au développement durable.

La promotion de la santé à l’école vise quant à elle à la fois à créer les conditions sanitaires (santé physique, psychologique et sociale) de la réussite des élèves et à donner à chacun les moyens de prendre en charge sa propre santé de façon libre et responsable dans une perspective citoyenne. Elle articule trois axes : l’éducation à la santé (les connaissances et les compétences nécessaires à l’abord des dimensions individuelles et collectives de santé), la prévention (les dispositifs de prévention mis en place à l’échelle des territoires et des écoles qui associent les acteurs locaux en référence aux priorités de santé publique) et la protection de la santé (les démarches mise en œuvre dans les établissements scolaires dans le but d’offrir aux élèves l’écosystème le plus favorable possible à leur santé et à leur bien-être : climat scolaire, environnement scolaire, services sociaux et de santé).

Dans les deux cas, il s’agit d’offrir un parcours éducatif progressif tout au long de la scolarité. En l’occurrence, il convient de proposer aux élèves une succession organisée et cohérente d’expériences éducatives de natures variées, dans le cadre des enseignements ou non, à l’école ou hors l’école. Le parcours est partie prenante de l’éducation scolaire mais mobilise au delà de l’établissement l’ensemble des acteurs du territoire de vie des enfants. Le parcours explicite et formalise à la fois le contenu, les intervenants et les modalités pédagogiques de ce qui est proposé aux élèves. Il concerne des questions socialement vives non référées à un champ de connaissance disciplinaire et qui appellent le développement de capacités de prise de conscience et de compréhension d’enjeux complexes, de jugement critique et de compétences en action.
L’articulation d’apports disciplinaires et d’approches systémiques centrées sur des problématiques locales ou globales, la participation des élèves, la pluridisciplinarité, l’ouverture de l’école, les partenariats avec d’autres institutions sont au cœur tant de l’éducation au développement durable que de la promotion de la santé.
Il convient aujourd’hui d’aller plus avant dans la réflexion sur le sens, les modalités et le contenu de l’éducation dans un monde en mutation. Rendre lisible, de façon renouvelée, ce qui structure et oriente l’éducation est un enjeu majeur. Pour cela, il convient de créer de la cohérence et de rendre intelligible pour tous (enfants et jeunes, parents, partenaires de l’école, société civile…) ce qui oriente l’éducation. Le développement durable est susceptible d’offrir cet horizon de sens. Il permet d’ancrer la démarche éducative dans un destin commun à toute l’humanité et dans le concret de l’action au sein des communautés de vie, au plus près des enfants et des jeunes.
Dans cette perspective, les cadres de l’éducation au développement durable et de la promotion de la santé sont appelés à s’articuler plus avant dans une double référence aux conditions de la réussite de tous les élèves d’une part et de l’éducation à la citoyenneté d’autre part.
– L’éducation à la santé et la prévention sont constitutives de l’éducation au développement durable, elles en constituent une dimension irréductible. Il s’agit de permettre à chaque enfant et adolescent de disposer des connaissances, des compétences et de la culture lui permettant de prendre en charge sa propre santé de façon autonome et responsable ;
– La santé est une condition de la réussite de tous les enfants et jeunes, cette dernière n’est possible que si l’on crée autour des enfants et des adolescents un écosystème de vie favorable à la santé. L’action se doit d’associer l’ensemble des acteurs du territoire au service d’une vision intégrée : environnement (bâtiments, restauration…), accès aux services de santé et sociaux (dépistage des troubles de l’apprentissage, accompagnement des enfants présentant des difficultés de santé…), climat scolaire favorable à la santé de tous les élèves… Elles constituent le socle d’une école inclusive et bienveillante visant la réussite de tous.
Ces deux axes sont étroitement imbriqués, ils correspondent à des dimensions fondamentales des politiques d’écoles des collèges et des lycées. Education au développement durable et promotion de la santé constituent en fait les deux faces d’une même dynamique éducative.




r ensemble à la santé et au bien-être de tous les enfants et adolescents, une approche intersectorielle des politiques nationales à l’action à l’échelon local ».
Au cours des 4 dernières années, le projet de recherche sur les écoles promotrices de santé en Europe et au Canada (axé sur le développement du curriculum, la pédagogie et les liens entre les écoles et les communautés) mené par le Département des études de l’enfance de l’Université Nishi Kyushu et le Département des Sciences Humaines de l’Université d’Osaka, a produit de nombreuses données. Plus récemment, les travaux réalisés lors de la phase préparatoire à la création de la chaire UNESCO et du réseau UNITWIN « EducationS et Santé » ont permis de mieux comprendre le rôle des écoles dans le domaine de la santé dans différents pays.
es éducatives diffère significativement. Nous avons tenté de montrer que le rôle de l’Ecole ne saurait se limiter à la transmission de messages de prévention. L’enjeu principal de l’éducation à la santé en milieu scolaire est aujourd’hui la mobilisation de l’Ecole sur ce qui, dans sa mission propre, est de nature à promouvoir la santé et non le transfert, vers l’Ecole, de problématiques sanitaires. Avancer dans ce domaine n’est possible qu’à la condition de prendre conscience d’une part de la complexité de l’éducation qui résiste à tous les raccourcis et à toutes les recettes miracles et d’autre part du fait que la mission première de l’Ecole n’est pas de lutter contre tel ou tel fléau mais bien de former les citoyens de demain et de permettre la réussite de tous.
Après avoir abordé la question des liens existant entre école et santé, nous nous sommes centrés sur la place de l’éducation à la santé dans le champ scolaire avant d’élargir notre regard aux politiques éducatives et de santé. Nous espérons susciter un échange sur la base de la situation au Japon et France.


