Mois : janvier 2026

Repenser la communication en santé publique face à l’infodémie

Repenser la communication en santé publique face à l’infodémie

Dans un éditorial récent publié dans le European Journal of Public Health(1), Paula del Rey Puech, Natasha Azzopardi Muscat, Charlotte Marchandise et Martin McKee appellent à une mobilisation renouvelée de la santé publique pour faire face à l’« infodémie », c’est-à-dire la diffusion massive d’informations fausses ou trompeuses qui fragilisent la confiance et les comportements de santé.

S’appuyant sur les enseignements de la pandémie de COVID-19, les auteurs rappellent que l’action en santé publique repose fondamentalement sur une communication efficace, fondée sur le dialogue, la compréhension des besoins des populations et l’usage des données probantes. Or, malgré des succès majeurs (vaccination, lutte contre le tabagisme, sécurité routière), la santé publique peine aujourd’hui à rivaliser avec la puissance de diffusion et de persuasion d’acteurs commerciaux ou politiques, notamment sur les réseaux sociaux.

L’éditorial souligne les effets délétères de la désinformation et de la mésinformation : hésitation vaccinale, atteintes à la santé mentale, renforcement des inégalités sociales de santé, et érosion de la confiance envers les institutions scientifiques. L’essor des algorithmes de recommandation et de l’intelligence artificielle générative accentue encore ces dynamiques, en facilitant la production et la circulation de contenus trompeurs à grande échelle.

Face à ce constat, les auteurs appellent à un changement de paradigme. Ils plaident pour des stratégies proactives de lutte contre l’infodémie (pré-bunking, debunking), le développement de systèmes de veille, l’identification de messagers de confiance au plus près des communautés, et la construction d’alliances larges associant professionnels de santé, chercheurs, éducateurs, journalistes, acteurs de la société civile et jeunes générations.

Rebâtir la confiance apparaît ainsi comme une condition centrale pour préserver le contrat social qui fonde la santé publique et soutenir des politiques de prévention et de promotion de la santé efficaces, équitables et durables.

Lire l’article


(1) Paula del Rey Puech, Natasha Azzopardi Muscat, Charlotte Marchandise, Martin McKee, Reclaiming trust: public health action to counter the infodemic, European Journal of Public Health, 2026;, ckaf249, https://doi.org/10.1093/eurpub/ckaf249

Publié par Didier dans Actualités
Usage des écrans et santé mentale des adolescents : des effets plus complexes qu’il n’y paraît

Usage des écrans et santé mentale des adolescents : des effets plus complexes qu’il n’y paraît

L’usage des réseaux sociaux et des jeux vidéo par les adolescents est fréquemment présenté comme un facteur déterminant de la dégradation de leur santé mentale. Une étude longitudinale[1] récente, menée auprès de plus de 25 000 jeunes en Angleterre dans le cadre du programme #BeeWell, invite pourtant à dépasser cette lecture simplificatrice.

En suivant les mêmes adolescents sur trois années, de 12 à 15 ans, et en distinguant rigoureusement les différences entre individus des évolutions au sein d’un même individu, les chercheurs ne mettent en évidence aucun effet causal significatif du temps passé sur les réseaux sociaux ou de la fréquence de jeu vidéo sur l’apparition ultérieure de symptômes internalisés (anxiété, tristesse, inquiétude), chez les filles comme chez les garçons.

Les résultats montrent en revanche des dynamiques plus fines. Chez les filles, une augmentation du temps consacré aux jeux vidéo est associée, l’année suivante, à une diminution du temps passé sur les réseaux sociaux, suggérant une concurrence entre usages. Chez les garçons, une augmentation des symptômes internalisés précède une baisse de la pratique du jeu vidéo, pouvant traduire une perte d’intérêt pour des activités auparavant investies.

Ces constats interrogent la pertinence des réponses publiques centrées sur la restriction du temps d’écran ou sur des interdictions générales. S’ils ne nient pas l’existence de risques spécifiques liés aux environnements numériques — tels que le cyberharcèlement, la perturbation du sommeil ou l’exposition à des contenus problématiques — les auteurs soulignent que les usages numériques ne constituent pas, en eux-mêmes, un levier explicatif central des difficultés de santé mentale à l’adolescence.

Dans une perspective de santé publique et d’éducation, ces travaux plaident pour un déplacement du regard : plutôt que de désigner les écrans comme cause unique, il apparaît essentiel de considérer les déterminants structurels et contextuels du mal-être adolescent, notamment les contextes de vie, les inégalités sociales, les parcours scolaires et relationnels, ainsi que les ressources disponibles pour soutenir le bien-être des jeunes. Ces résultats invitent ainsi à une compréhension plus globale et plus fine des enjeux de santé mentale et de bien-être à l’adolescence.

Lire les articles :

Pour aller plus loin


[1] Qiqi Cheng, Margarita Panayiotou, Turi Reiten Finserås, Amanda Iselin Olesen Andersen, Neil Humphrey, How do social media use, gaming frequency, and internalizing symptoms predict each other over time in early-to-middle adolescence?, Journal of Public Health, 2025;, fdaf150, https://doi.org/10.1093/pubmed/fdaf150

Publié par Didier dans Actualités
Déclaration d’Helsinki – Investir pour une santé et un bien-être durables

Déclaration d’Helsinki – Investir pour une santé et un bien-être durables

Adoptée à l’issue de la 18ᵉ Conférence européenne de santé publique, la Déclaration d’Helsinki sur l’investissement en santé et en bien-être, dont la Chaire UNESCO Éducations & Santé est signataire, appelle à un changement profond de regard sur la santé publique en Europe et au-delà. Elle affirme avec force que la santé et le bien-être doivent être considérés comme des investissements essentiels pour des sociétés durables, justes et résilientes, et non comme de simples coûts à maîtriser.

La déclaration s’inscrit dans un contexte marqué par la persistance des inégalités sociales de santé, les crises environnementales, la fragilisation des systèmes de santé et la montée de la désinformation. Elle propose un cadre commun pour repenser les politiques publiques de santé à partir d’une vision systémique, intégrant les dimensions sociales, environnementales, économiques et démocratiques.

Investir dans la santé comme levier de durabilité et de justice sociale

La déclaration invite à investir de manière ambitieuse et cohérente dans la santé publique, en agissant en amont sur les déterminants de la santé et en articulant les politiques sectorielles autour d’objectifs de bien-être collectif.

Elle met notamment en avant plusieurs orientations structurantes :

  • Ancrer la santé dans l’ensemble des politiques publiques, en généralisant l’approche Health in All Policies, afin que les décisions en matière d’éducation, d’aménagement, d’environnement, d’économie ou de protection sociale contribuent à la santé des populations.
  • Faire de l’équité un principe central de l’action publique, en réduisant les inégalités sociales, territoriales et environnementales de santé et en associant pleinement les populations concernées aux décisions qui les touchent.
  • Protéger la santé publique face à la désinformation, en renforçant la transparence, la communication fondée sur les données probantes, la littératie en santé et la confiance entre institutions, professionnels et citoyens.
  • Reconnaître l’interdépendance entre santé humaine, justice sociale et durabilité environnementale, en inscrivant les politiques de santé dans le respect des limites planétaires et des écosystèmes.
  • Dépasser une vision strictement économique du progrès en évaluant les politiques publiques à partir d’indicateurs de bien-être, de qualité de vie et de cohésion sociale, et non du seul produit intérieur brut.

À travers ces orientations, la Déclaration d’Helsinki promeut le cadre de l’économie du bien-être, qui vise à concilier santé, équité, soutenabilité environnementale et développement démocratique.

Une déclaration appelée à vivre dans les territoires et les communautés

La Déclaration d’Helsinki reste ouverte à l’adhésion des organisations européennes et a vocation à être déclinée dans les contextes nationaux et locaux.

L’Association Européenne de Santé Publique (EUPHA) a annoncé qu’elle s’appuiera sur cette déclaration tout au long de l’année 2026, notamment à l’occasion de la Semaine européenne de la santé publique (European Public Health Week, 4–9 mai 2026). Cette période sera l’occasion de traduire les principes de la déclaration en actions concrètes, au plus près des territoires et des communautés.

Déclaration conjointe – EPH Conference Helsinki 2025 (en anglais): https://ephconference.eu/2025-eph-conference-helsinki-statement-808

Publié par Didier dans Actualités
Droits de l’enfant : faire des communes des garantes effectives de la Convention internationale

Droits de l’enfant : faire des communes des garantes effectives de la Convention internationale

Le 12 janvier 2026, un collectif d’élus, de professionnels de l’enfance, de responsables associatifs et de personnalités engagées a publié une tribune dans Le Monde appelant à une mesure structurante à l’issue des élections municipales de mars 2026 : la création, dans chaque exécutif municipal, d’une délégation explicitement dédiée aux droits de l’enfant.
Lien vers la Tribune : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/12/droits-de-l-enfant-nous-proposons-qu-a-l-issue-des-elections-de-mars-chaque-executif-municipal-cree-une-delegation_6661480_3232.html

Cette proposition part d’un constat partagé : les enfants, près d’un habitant sur six en France, restent largement absents des lieux où se décident les politiques locales qui structurent pourtant leur quotidien (éducation, périscolaire, logement, alimentation, espaces publics, mobilités, accès à la nature et à la santé). Trop souvent, leurs droits sont dilués dans des délégations sectorielles, sans portage politique explicite ni lecture transversale à l’aune de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).

Une délégation pour relire les politiques locales à hauteur d’enfant

La tribune propose une mesure simple, lisible et transpartisane : confier à une délégation municipale dédiée la mission de garantir que l’ensemble des décisions locales soient relues à la lumière des droits de l’enfant. Cette délégation pourrait constituer un levier pour :

  • lutter contre les inégalités dès l’enfance ;
  • prévenir et traiter toutes les formes de violences ;
  • renforcer l’accès à la santé, à une alimentation de qualité et à des environnements favorables ;
  • penser les villes et villages à hauteur d’enfant (espaces publics, mobilités, nature, jeu) ;
  • et surtout donner une place réelle à la parole et à l’expérience des enfants et des jeunes.

Une initiative soutenue par la Chaire UNESCO ÉducationS & Santé

La Chaire UNESCO ÉducationS & Santé soutient pleinement cette initiative, portée notamment par la Fabrique des communs pédagogiques, qui s’inscrit dans une vision de l’action publique reconnaissant les enfants non comme de futurs citoyens, mais comme des sujets de droit à part entière, capables de contribuer aux décisions qui les concernent.

Ce positionnement fait écho à un principe fondamental « Nothing about them, without them ». Autrement dit, aucune politique publique concernant les enfants ne peut être pleinement légitime, efficace et durable sans leur participation réelle, organisée, accompagnée et prise au sérieux.

Une interpellation à l’approche des municipales

À l’approche des élections municipales de mars 2026, la tribune invite les futures équipes candidates à répondre à une question essentielle : qui, au sein de votre exécutif municipal, portera explicitement la responsabilité politique des droits des enfants ?

Créer une délégation aux droits de l’enfant, c’est faire le choix d’une gouvernance locale plus juste, plus protectrice et plus démocratique, en orientant les politiques, les investissements et les priorités à hauteur d’enfant, avec eux et non à leur place.

Publié par Didier dans Actualités
École et familles populaires : dépasser l’illusion de la coéducation évidente

École et familles populaires : dépasser l’illusion de la coéducation évidente

Dans un éditorial publié le 1er janvier 2026 sur le carnet du CICUR, Patrick Rayou interroge une idée largement partagée dans les politiques éducatives contemporaines : celle d’une coéducation allant de soi entre l’école et les familles, y compris populaires.

À rebours des discours déficitaristes, l’auteur rappelle que les familles populaires sont fortement mobilisées autour de la scolarité de leurs enfants, mais souvent prises dans des malentendus socio-scolaires profonds : attentes implicites de l’école, valeurs épistémologiques et éthiques non partagées, conflits de loyauté entre normes familiales et scolaires. La crise sanitaire a rendu ces tensions particulièrement visibles, en plaçant les parents au cœur de la « continuité éducative » sans toujours leur en donner les moyens symboliques et pédagogiques.

L’édito met en évidence un point central : les difficultés de la relation école-famille relèvent avant tout d’une méconnaissance réciproque des savoirs, des postures et des valeurs qui structurent le curriculum réel. Dès lors, renforcer la coéducation suppose moins de «  montrer les normes scolaires » que de créer des espaces où celles-ci peuvent être explicitées, discutées et mises en débat.

Ces analyses font directement écho aux enseignements récents du Parcours éducatif de santé, qui souligne l’importance de construire des continuités éducatives fondées sur la mise en cohérence des expériences vécues par les enfants et les jeunes. Le PES insiste sur la nécessité d’articuler les savoirs scolaires, les pratiques éducatives familiales et les ressources territoriales, non dans une logique de juxtaposition, mais de mutualisation, d’enrichissement réciproque et de valorisation des savoirs d’expérience.

À l’instar des dispositifs analysés dans le cadre du PES, l’édito plaide ainsi pour une approche curriculaire élargie, capable de dépasser l’opposition entre école et familles, et de construire une culture commune à partir de la diversité des contextes, des pratiques et des savoirs. En filigrane, une question demeure : oserons-nous une école commune, capable de se transformer pour faire de la pluralité sociale et culturelle un levier de démocratisation et de réduction des inégalités ?

Lire l’éditorial

Publié par Didier dans Actualités